Paris est une fête : le Grand Paris Express

Surveillance de la sécurité du projet du siècle

Comme l'écrivait Ernest Hemingway : « Si vous avez eu la chance d'avoir vécu à Paris lorsque vous étiez un jeune homme, alors, où que vous alliez pour le reste de votre vie, elle reste avec vous, Paris est une fête ».

Lorsqu'Hemingway vivait à Paris en plein dans les années folles, vers 1925, le métro de la ville était encore relativement jeune. La ligne 1 reliant la porte de Vincennes à la porte Maillot a effet été ouverte en 1900. Plus d'un siècle plus tard, le réseau parisien compte 16 lignes et 302 stations sur plus de 200 kilomètres de voies.

Il s'agit du deuxième métro le plus fréquenté d'Europe après celui de Moscou. Comme celle de nombreuses villes, la population de Paris ne cesse d'augmenter, et le réseau fonctionne à sa capacité maximale. C'est pourquoi il a été repensé, reconçu et largement étendu dans le cadre du projet Grand Paris Express. Vincent Lamour nous en dit plus.

« Le Grand Paris, c'est le projet du siècle », affirme-t-il. « On va construire en 20 ou 25 ans autant de tunnels qu'au cours des 100 dernières années. Les travaux auront lieu dans des villes existantes, auxquelles ils devront s'intégrer. Nous parlons d'environ 200 kilomètres de nouvelles lignes de métro. »

M. Lamour est le PDG de Cementys, une entreprise spécialisée dans la surveillance des projets d'ingénierie civile pour les sociétés de construction, les maîtres d'ouvrage et les entrepreneurs. Tandis que les Parisiens voient doubler la taille de leur réseau de métro, Cementys surveille de près la sécurité du projet.

« Le projet donnera lieu à une surveillance étendue des infrastructures des zones situées à proximité et des autres réseaux sensibles », indique M. Lamour. « Le Grand Paris Express prévoit principalement la construction de tunnels et de stations. Le sol est assez sensible et propice aux affaissements et aux cavités. Les stations sont souvent situées à une grande profondeur, par exemple à 30 mètres. Les tunneliers travailleront à environ 20 mètres. Le projet emploiera 20 tunneliers au cours des prochaines années. »

Comme vous pouvez l'imaginer, des difficultés sont à attendre en surface.

« Il s'agit du projet du siècle. On va construire en 20 ou 25 ans autant de tunnels qu'au cours des 100 dernières années. »

Vincent Lamour, PDG de Cementys

Une course contre la montre d'ici les Jeux olympiques

« Nous avons dû réagir très rapidement au début du projet et mettre immédiatement en place un système de surveillance. Ce type de système doit souvent être installé bien avant le début des travaux. Nous étions déjà un peu en retard dès le démarrage », explique M. Lamour. « L'autre difficulté du projet réside dans la planification. Nous devons effectuer tous les travaux dans des délais très courts. Certains doivent avoir lieu en prévision des Jeux olympiques 2024, c'est pourquoi nous disposons de très peu de temps pour la construction. Nous devons travailler rapidement pour terminer à temps. »

Les systèmes de surveillance de Cementys sont placés sur les bâtiments et autour de ceux-ci de manière à suivre leurs mouvements durant la construction. Si les travaux souterrains entraînent la moindre évolution, une alarme se déclenche. « Il s'agit d'un important système de sécurité devant fonctionner en permanence », détaille M. Lamour. « Il doit être actif malgré la pluie, la neige et la poussière. Nous nous situons à proximité des chantiers de construction, c'est pourquoi la poussière est présente en permanence. Le système doit fonctionner 24 heures sur 24 en temps réel. Il doit être suffisamment robuste pour ce type de surveillance. »

La précision est essentielle. « Le degré de précision que nous exigeons des appareils tels que les stations complètes est de l'ordre du millimètre. Nous devons pouvoir mesurer les mouvements dans les trois dimensions, même si leur amplitude ne dépasse pas quelques millimètres. Ces mesures sont effectuées toutes les heures. Un serveur collecte toutes les données et chaque mesure est immédiatement analysée. En cas d'écart, une alerte est transmise dans l'heure à l'entrepreneur ou au maître d'ouvrage. »

« Les bâtiments que nous surveillons sont souvent riverains des chantiers de construction, stations et tunnels. Nous surveillons en outre les antennes, les mâts, ainsi que les routes à proximité. Nous employons cette méthode pour détecter les affaissements ou l'inclinaison des immeubles en raison du percement d'un tunnel. Par ailleurs, nous surveillons les lignes de chemin de fer affectées par les travaux afin de garantir leur sécurité. Elles font l'objet de mesures plus fréquentes, toutes les 20 minutes. Un système d'alarme est également mis en place. Il peut stopper les trains en cas de changements importants. »

« Le maître d'ouvrage emploie ce système pour garantir aux habitants concernés par les travaux qu'il n'y a aucun problème », indique M. Lamour. De surcroît, il est important de gérer efficacement le chantier : « La pression d'injection peut être modulée en fonction des données. Les mesures font partie intégrante du chantier. C'est pourquoi nous ne pouvons nous permettre aucun dysfonctionnement. Les mesures doivent être fiables, car le chantier dépend de ces mesures. »

« Nous ne pouvons nous permettre aucun dysfonctionnement. Les mesures doivent être fiables, car le chantier dépend de ces mesures. »

Vincent Lamour, PDG de Cementys

Un demi-millimètre

Les spécialistes de la surveillance de Cementys emploient des stations complètes pour garantir l'absence de tout problème. Topcon a participé au projet dès le début : « Nous avons bénéficié d'une assistance technique solide et approfondie. Cela a été très vite, je dois l'avouer », affirme M. Lamour. « En à peine quelques semaines, nous sommes parvenus à intégrer les stations complètes à nos propres systèmes. »

Son collègue, l'ingénieur François Michelin, est à la tête de l'un des projets de surveillance du Grand Paris Express. « Le tronçon que nous surveillons mesure cinq kilomètres et comprend deux stations de métro, ainsi que des constructions souterraines », indique-t-il. « Nous utilisons environ 30 stations complètes pour ce projet afin de surveiller les bâtiments proches du chantier. Nous surveillons les mouvements du terrain et procédons à de nombreux calculs pour détecter si les bâtiments bougent, ainsi que la manière dont les travaux de construction influent sur eux. »

« Le maître d'ouvrage exige un haut degré de précision : une résolution de 0,5 millimètre », ajoute-t-il. « Les stations fonctionneront pendant plusieurs années, jusqu'à cinq ans. Nous recueillons les données des stations complètes 24 heures sur 24, chaque jour de la semaine. Celles-ci sont ensuite présentées sur un site Web où les acteurs concernés peuvent les consulter en temps réel. »

Il s'agit notamment de la SNCF, l'opérateur ferroviaire national. « La SNCF nous demande de surveiller les voies de chemin de fer à une fréquence de 20 minutes. En 20 minutes, une station peut mesurer entre 60 et 80 points de données », explique M. Michelin. Bonne nouvelle : « Les mesures sont stables, aucun écart n'a été mesuré. »

À mesure que les tunneliers tracent leur chemin telles des taupes, le Grand Paris Express prend forme et propose aux usagers un accès plus simple et plus rapide à la ville. Grâce à ce « projet du siècle », Paris deviendra une fête encore plus accessible que ne l'avait imaginé Hemingway.

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